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𝐌𝐚𝐡𝐨𝐦𝐞𝐭 𝐨𝐮 𝐥𝐞 𝐛𝐨𝐧 𝐩𝐥𝐚𝐢𝐬𝐢𝐫

  • Marc Reisinger
  • il y a 2 jours
  • 7 min de lecture

𝐒i 𝐏𝐀𝐍 tire mou, je me tire



J’ai écrit l’article qui suit pour PAN, où il ne paraîtra pas. Il s'agit d'une réflexion sur la décision du prophète Mahomet d’épouser la femme de son fils adoptif. Le rédac’chef m’a demandé des références, je les lui ai remises : essentiellement le Coran (sourate 33) et des commentaires islamiques.


Le patron, John Bogaerts, ne veut pas le publier car : « On ne cite pas le nom du prophète. Si on est passé à travers les gouttes de Charlie Hebdo, c’était notamment grâce à ça. » Certes la direction d’un magazine satirique est plus risquée que celle du "Zoute People magazine jetset exclusif".


Vrai que dans la pratique pieuse, on évite de prononcer le nom de Mahomet sans ajouter un titre respectueux : « le Messager d’Allah », « le Prophète », ou une formule de bénédiction. Je ne me suis cependant pas engagé à écrire des articles pieux, mais à donner une lecture psychiatrique de nos maladies de société : wokisme, écologisme, palestinisme, antisémitisme, islamisme… PAN est libre de se soumettre, je préfère pas.


Je ne suis pas croyant, je me permets donc de douter de l’Immaculée Conception, de l’ouverture des eaux du Nil devant Moïse et de la pureté des intentions de Mahomet. La liberté de critiquer les religions est un acquis de l’humanisme européen auquel je n’entends pas renoncer. On peut discuter de la Torah, des Evangiles et des Enseignements du Bouddha, pourquoi pas du Coran ?


Promouvoir une culture « hallal », comme certains le souhaitent, c’est « ouvrir la porte à une société où la culture d’accueil est reléguée, où la liberté de lire, de penser et d’imaginer est conditionnée par des interdits religieux » comme l’écrit la journaliste franco-iranienne Sarah Doraghi.


« Il ne suffit pas de dénoncer l’islamisme… Nous sommes devant un choc des cultures au quotidien » écrivait Mathieu Bock-Côté dans PAN, et il ne recommandait pas de se coucher mais, au contraire, "de poser frontalement la question de l'islam". Nos bourgmestres paniquent devant les dealers, la presse tremble devant les islamistes, et nous n’oserions plus parler de l’islam.


Le refus de publier cet article est d’ailleurs condescendant à l’égard des musulmans, car ce mariage de Mahomet a fait l’objet de controverses dans l’islam (voir la première référence de mon texte).


Ecrire dans PAN c’était sympa, mais si « l'unique titre de presse politiquement incorrect en Belgique francophone » tourne hallal, je me sens moins enthousiaste. Je veux bien écrire pour rien, mais pas pour ne rien dire. Ecrire c’est respirer et j’ai besoin de le faire librement.


J’apprends aussi que mon article, parfaitement documenté, sur la chute du Dr Fauci, père putatif du virus du Covid, a déplu à Laurent Alexandre, nouvelle star du magazine.


Si PAN tire mou, je me tire.


𝐌𝐚𝐡𝐨𝐦𝐞𝐭 𝐨𝐮 𝐥𝐞 𝐛𝐨𝐧 𝐩𝐥𝐚𝐢𝐬𝐢𝐫


L’approche victimaire des musulmans dans laquelle l’Europe se complaît constitue une double erreur. D’abord parce que si les musulmans étaient malheureux en Europe ils cesseraient de s’y précipiter. Ensuite la fausse compassion à l’égard des musulmans est une forme de condescendance, empêchant de reconnaître la réalité de leur situation et de leur culture.


Critiquer l’islam n’est pas de l’islamophobie. La liberté de critiquer les religions constitue un acquis fondamental de la culture humaniste. La lecture du Coran par des non-musulmans apparaît aujourd’hui comme une sorte d’intrusion. Qui lit le Coran, en dehors des musulmans, qui eux-mêmes le connaissent souvent mal et se contentent d’écouter des imams ?


Coup de foudre sacré


Un passage du Coran me paraît particulièrement éclairant. Il porte sur le mariage de Mahomet avec Zaynab. On peut d’ailleurs se demander le rapport entre cet événement privé et la révélation mahométane.


Mahomet a affranchi et adopté Zayd, un ancien esclave très estimé, surnommé « le bien-aimé ». Mahomet a aussi arrangé le mariage de Zayd avec Zaynab, cousine germaine de Mahomet.


Selon des récits musulmans (1), Mahomet se rendit un jour chez Zayd quand celui-ci était absent. Un rideau soulevé par le vent, dévoila Zaynab faiblement vêtue dans sa chambre. Mahomet frappé par sa beauté s’exclama : « Gloire à Allah qui retourne les cœurs », avant de se retirer. Certaines versions du récit ajoutent qu’il l’admirait déjà avant, ou insistent sur un désir intense de sa part. (2)


A ce moment Allah entre en scène, soufflant opportunément à Mahomet une sourate (à moins que ce soit le contraire). Un premier verset de cette sourate du Coran aborde la question de l’adoption de manière générale : « Allah n'a point fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants... Appelez-les du nom de leurs pères : c'est plus équitable devant Allah. » (33 :4-5) (3)


Ces versets mettent fin à la pratique préislamique de l’adoption, qui assimilait le fils adoptif à un fils biologique, ce qui aurait rendu le mariage de Mahomet avec l’épouse de son fils illicite comme un inceste. Première étape accomplie : rompre le lien entre Mahomet et son fils adoptif.


Le verset central de la même sourate (33 : 37) marque l’étape suivante : ordonner le mariage de Mahomet avec Zaynab. « Nous te donnâmes [Zaynab] en mariage, afin qu’il n’y ait point de gêne pour les croyants au sujet des épouses de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci ont cessé tout rapport avec elles. Et l’ordre d’Allah est une chose accomplie. »


Ce verset mentionne que Zayd avait « cessé tout rapport » avec Zaynab et que Zayd aurait lui-même demandé le divorce, ce qui donne à Mahomet une excuse. Cependant Mahomet répond à Zayd : « Garde ton épouse auprès de toi et crains Allah ».


La suite du texte reproche à Mahomet d’avoir voulu cacher de cette manière « ce qu’Allah allait rendre public. Tu redoutais les gens, alors qu’Allah a plus de droit à ce que tu Le redoutes ». Dans les versets suivants il est rappelé que Mahomet est le Messager d’Allah et qu’on ne peut pas blâmer le Prophète pour ce qu’Allah lui a prescrit (33 : 38-40). C’est pas moi, c’est lui…


Ces révélations opportunes donnent à penser que le fils adoptif de Mahomet ne voulait plus de sa femme ; que Mahomet lui ordonne néanmoins de garder son épouse, car il n’ose pas révéler qu’Allah a ordonné à Mahomet d’épouser Zaynab ; qu’Allah reproche à Mahomet de craindre le qu’en dira-t-on plus que Dieu.


Admirez l’entourloupe : Mahomet ne doit pas épouser Zayneb parce qu’il la désire mais pour obéir à Allah, qui est d’ailleurs à l’origine de son coup de foudre pour elle (« Gloire à Allah qui retourne les cœurs »). Le but de l’opération n’est pas de satisfaire la libido du Prophète – comme on le penserait vulgairement – mais seulement d’instaurer une règle établissant qu’un fils adoptif n’est pas l’équivalent d’un fils naturel et interdisant l’adoption véritable. (4)


Pour accroître l’écran de fumée de ce récit fumeux, où Mahomet reçoit l’ordre de faire ce qu’il veut faire, un commentaire du Coran relate qu’Aïcha, la troisième épouse (sur dix) de Mahomet – dont le mariage eut lieu lorsqu’elle avait alors 6 ou 7 ans, et consommé lorsqu’elle en avait neuf (5) – aurait dit que le Prophète aurait pu être tenté de dissimuler cette révélation (6). Ces versets sont en effet embarrassant pour plusieurs raisons : Ils comportent une réprimande divine adressée au Prophète pour sa couardise, puisqu’il a craint les hommes plus qu’Allah ; ils exposent un aspect personnel et sensible de sa vie conjugale ; ils pouvaient être mal interprétés ou utilisé par des détracteurs pour mettre en question sa conduite.


Aïcha souligne que si Mahomet avait eu la moindre tendance à supprimer ou dissimuler une partie de la révélation – pour protéger sa réputation ou éviter une gêne – il aurait caché ces versets. Or, il les a transmis intégralement. Quel honnête homme ! On peut cependant suspecter que cette façon de faire mine de se préoccuper du qu’en dira-t-on n’était qu’une manière de mieux l’envoyer promener.


Grandeur et décadence


Suite de l’histoire : Zayd divorce. Après trois mois Mahomet épouse Zaynab. Celle-ci se la pète auprès des autres épouses : « Vous avez été mariées par vos familles, moi par Allah. » Zayd reprend son nom d’origine et est tué dans une bataille. C’est le seul compagnon de Mahomet explicitement nommé dans le Coran. Faut-il y voir une sorte de remord ?


Beaucoup de musulmans ignorent – ou nient – cet épisode, qui fait pourtant partie du texte. D’autres s’en moquent, conscients de la supercherie. « Ce mariage reste depuis des siècles un sujet de controverse » dans l’islam (1). D’un point de vue laïque on peut considérer qu’il ne s’agit pas d’une simple anecdote, mais d’une illustration de la matrice sur laquelle est construite le Coran.


Cette façon d’affirmer la toute-puissance du leader – garantie et soutenue en temps réel par Dieu– ainsi que la suprématie de son désir, sont sans doute à l’origine de la puissance de l’empire musulman, comme de son déclin progressif.


Les gouverneurs de provinces musulmans cumulaient tous les pouvoirs (militaires, civils, fiscaux et parfois religieux). Cette concentration de l’autorité, sans contrepoids institutionnel solide, favorisait leur autonomisation. Ils étaient alors tentés de cesser de reverser les impôts, de lever leurs propres armées et de fonder des dynasties héréditaires, qui ont provoqué le morcellement de l’empire. Dans un empire où chacun fait ce qu’il veut (comme le Prophète) et veut être le chef, il n’y a plus de chef…


RÉFÉRENCES

(2) Tafsīr de Muqātil ibn Sulaymān sur le verset 33:37.

(4) En droit successoral islamique classique, un fils adoptif (ou un enfant sous kafāla) n’a pas les mêmes droits qu’un fils biologique.

(5) Les savants classiques (Ibn ʿAbd al-Barr, Ibn Kathīr, etc.) placent le contrat de mariage (nikāḥ) à La Mecque, vers la 10ᵉ année de la prophétie (environ 620), Aïcha ayant alors 6 ans (certains disent 7). La consommation (bināʾ / dukhūl) à Médine, en shawwāl de l’an 1 ou 2 de l’Hégire (vers 623-624), lorsqu’elle avait 9 ans. C’est la position majoritaire de la tradition sunnite classique. Aïcha elle-même est la source principale de ces informations dans les hadiths.

(6) Sources principales : Aïcha bint Abî Bakr; Sahih Muslim (Livre de la Foi / Tafsīr). Sunan al-Tirmidhī 3207 / 3208. Rapporté également par d’autres voies (Aḥmad, etc.). Anas ibn Mālik Sahih al-Bukhari.

 

 
 
 

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