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  • Marc Reisinger

Le 11 Septembre a-t-il eu lieu? (2)

CHAPITRE 2


Un nouveau Pearl Harbor


Les flottements du rapport de la Commission du 11 Septembre sur l’emploi du temps des plus hauts dirigeants des Etats-Unis pendant ces heures critiques vont de pair avec une grande discrétion sur les échanges entre Bush, Cheney et Rumsfeld.


En arrivant dans son avion Air Force One vers 9h45, après avoir quitté l’école primaire de Sarasota, et avant de décoller, le président Bush téléphona pendant dix minutes. Il appela le vice-président, qui se trouvait à ce moment dans le tunnel du bunker de la Maison Blanche, entre les bureaux et le poste de commandement souterrain[1]. Il parla également avec Donald Rumsfeld qui se trouvait dans son bureau. Rien de plus normal que de faire le point sur les attentats, mais pourquoi à l’abri de tous ? Le seul élément qui transparaît de ces échanges dans le rapport de la Commission est une petite phrase du président Bush : « Le président dit au vice-président : ‘’Il semble qu’on ait une petite guerre en cours ici, j’ai entendu ce qui est arrivé au Pentagone. Nous sommes en guerre… Quelqu’un va payer’’ »[2].


Le ton désinvolte de cette remarque est peu en accord avec la panique dominant le pays. Au lieu d’exprimer l’horreur ou l’angoisse face à des événements, dont le spectacle nous coupe le souffle plus de quinze ans après, le plus haut responsable du pays s’exprime d’un ton froid, goguenard, presque jubilatoire : « Une petite guerre…quelqu’un va payer », comme s’il s’agissait d’une bonne plaisanterie - ou d’une étape vers autre chose. Soit le Président faisait preuve d’une maîtrise suprême, soit il n’était pas surpris.


Pourquoi les avions n’ont pas été interceptés


On saura rapidement qui va payer. Après quelques heures, les services de renseignement découvrent des membres d'Al Qaida dans la liste des passagers des avions détournés. Richard Clarke - censé superviser les activités des services secrets – est choqué répond pertinemment à la CIA: « Si vous savez qu'ils font partie d'Al Qaida, comment ont-ils pu monter dans les avions? » [3]


Ce n’est que le début de ses surprises, comme on le verra plus tard. Clarke rapporte aussi que Rumsfeld parle immédiatement d’attaquer l’Irak, un projet qui nécessitera deux ans de manipulations de la part de la Maison Blanche, pour faire croire à l’existence d’armes de destruction massives en Irak et de liens entre ce pays et Al Qaida.


La confusion du rapport de la Commission du 11 Septembre dans la présentation des activités du triumvirat à la tête de la défense américaine a permis de dissimuler sa responsabilité dans un échec majeur : des avions de ligne détournés par des terroristes ont frappé des bâtiments symboliques de la puissance américaine, et aucun n’a été intercepté ni abattu.


Auraient-ils pu être stoppés ? Quelle est la procédure normale en cas de détournement d’avion ? Lorsque les contrôleurs aériens constatent qu’un avion dévie de son plan de vol sans autorisation, que le contact radio est interrompu ou que le transpondeur signalant automatiquement sa position n’émet plus, ils doivent informer l’armée. Des chasseurs en alerte sur la base aérienne la plus proche décollent alors pour s’approcher de l’avion et déterminer s’il s’agit d’un problème technique ou d’un détournement. La décision d’abattre l’avion peut être prise si celui-ci constitue une menace.


Cette procédure d’interception a été appliquée des dizaines de fois en 2000 et 2001 et s’est chaque fois résolue favorablement. Selon le général Eberhart, chef du NORAD (North American Aerospace Command Center), dès que les contrôleurs aériens perçoivent quelque chose d’anormal, « il leur faut à peu près une minute » pour contacter le NORAD, qui peut envoyer des chasseurs « en quelques minutes n’importe où aux Etats-Unis »[4]. En moyenne il ne faut que dix minutes pour qu’un avion de chasse supersonique arrive à hauteur de l’avion civil. Or les avions piratés le 11 Septembre ont volé sans encombre entre 20 et 50 minutes après avoir été signalés.


Un ancien lieutenant-colonel de l’armée de l’air, Robert Bowman, déclara en 2005 : « Si notre gouvernement avait permis le déroulement des procédures normales ce matin du 11 septembre, les Tours Jumelles seraient encore debout et des milliers de victimes américaines seraient encore en vie »[5].


Cette procédure usuelle a été modifiée quelques mois avant le 11 Septembre, le 1er juin 2001 [6]. Depuis, toute interception devait au moins être approuvée par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, lui qui n’était pas à son poste de commandement, pas plus que le vice-président (à en croire le rapport de la Commission sur le 11 Septembre), ni le président.


C’est seulement vers 9h45 - lors de son entretien téléphonique avec Cheney à partir de son avion - que le Président Bush donna l’autorisation « d’abattre tout avion hostile », alors que les attaques étaient terminées. Quant au quatrième avion, qui s’est écrasé à 10h03 dans un champ de Pennsylvanie, il existe une controverse pour savoir s’il a été abattu ou non par l’aviation militaire.


Dans les jours qui ont suivi le 11 Septembre, le Général Richard Myers, chef de l’état-major, ainsi que le porte-parole du NORAD (Commandement de la défense aérienne de l’Amérique du Nord), ont affirmé qu’aucun avion militaire n’avait été autorisé à décoller pendant les attaques.


Cette position inexplicable a été remplacée quelques jours plus tard par une seconde version des faits, selon laquelle des chasseurs avaient décollé, mais étaient arrivés trop tard. Cependant le timing fourni ne permettait pas d’expliquer pourquoi les avions n’avaient pas été abattus, sauf si un ordre les avait empêchés d’intervenir - comme incite à le penser l’échange rapporté plus haut entre Cheney et son jeune assistant.

Une troisième version apparut trois ans plus tard, dans le rapport de la Commission du 11 Septembre, selon laquelle l’armée n’aurait pas été prévenue - ou trop tard. L’administration de l’aviation civile (FAA) en serait responsable (or aucun de ses employés n’a été sanctionné ni blâmé). Si cette nouvelle ligne de temps, ironiquement baptisée par un journaliste « The Emperor’s New Timeline »[7] (par analogie avec le conte d’Andersen, Les Habits neufs de l’Empereur), est exacte le NORAD aurait menti pendant près de trois ans, sans devoir se justifier par la suite. Les responsables de l’aviation civile (FAA) n’ont d’ailleurs jamais reconnu cette conclusion de la Commission sur le 11 Septembre[8].


L’armée et l’administration Bush ont donc été exonérées par la Commission[9] de toute incompétence ou complicité. Cette révision globale des événements implique d’importantes distorsions des faits, comme l’établit de manière détaillée David Ray Griffin dans son ouvrage The 9/11 Commission Report, Omissions and Distorsions. [10]


La modification de la procédure d’interception des avions détournés, trois mois avant le 11 Septembre, suffit à expliquer « l’immunité » des avions détournés, puisque c’est le secrétaire à la Défense, le président ou le vice-président qui devaient donner l’autorisation de les abattre.


Cette procédure nouvelle avait été mise au point par le « Bureau de Préparation Nationale ». Une dénomination vague qui désignait un groupe créé en mai 2001 par Bush et dirigé par le vice-président Cheney, chargé d’évaluer la menace terroriste et d’émettre des recommandations pour renforcer la préparation contre des actes de terrorisme sur le territoire des Etats-Unis. Ironie de l’Histoire ou ironie tout court ?


Des opportunités nouvelles


A la même époque Cheney dirigeait une autre commission d’études, qui n’est pas sans rapport avec les suites du 11 Septembre. L’Energy Task Force, officiellement National Energy Policy Development Group (NEPDG), fut créée une semaine après l’investiture du Président Bush.


Une des journalistes les plus estimées du Washington Post, Dana Milbank, qualifiait la commission présidée par Cheney de ‘’société secrète’’… La Maison-Blanche refuse catégoriquement de dévoiler l’identité des personnalités siégeant dans la commission.[11]


L’organisation non gouvernementale Judicial Watch parvint, à la suite d’une bataille juridique, à obtenir des documents de cette commission. Ceux-ci, datés de mai 2001, constituaient des plans de prise de contrôle du pétrole irakien, représentant 60% des réserves mondiales.[12]


Selon l’ancien secrétaire au Trésor Paul O’Neil, la première réunion du Conseil National de sécurité de l’administration Bush en janvier 2001 envisageait déjà la possibilité d’envahir l’Irak.[13]


Projet pressenti par le Ministre des Affaires étrangères français Hubert Védrine qui, après avoir rencontré la nouvelle administration américaine à Washington au printemps 2001, déclarait dans une interview publiée deux jours avant le 11 Septembre être « revenu convaincu de la volonté de cette équipe - le vice-président Dick Cheney en tête - de s'en prendre à l'Irak dès qu'une opportunité et un prétexte se présenteraient ».[14]


Dick Cheney, directeur général d’Halliburton, la plus grande entreprise de services pétroliers et gaziers du monde de 1995 à 2000, immédiatement avant de devenir Vice-président, exposait sa pensée en matière de politique énergétique lors d’un dîner du London Institute of Petroleum en 1999 :


« A l’horizon 2010 nous aurons besoin de l’ordre de 50 millions de barils supplémentaires par jour (…) Si de nombreuses régions du monde offrent des opportunités exceptionnelles dans le domaine du pétrole, le Proche-Orient, avec les deux tiers des réserves mondiales de pétrole et des coûts moindres, est l’endroit où à terme se trouve le gros lot, et même si les compagnies sont pressées d’avoir un meilleur accès à la région, les progrès demeurent faibles.[15] »


La crainte d’une pénurie de pétrole mobilisait un groupe fondé en 1997, le Project for the New American Century (PNAC), comprenant Donald Rumsfeld et Dick Cheney, qui prônait déjà l’invasion de l’Irak. Dans une lettre ouverte au Président Clinton, le groupe réclamait une politique américaine plus autoritaire au Moyen Orient, incluant si nécessaire l’usage de la force pour renverser Saddam Hussein[16].


L’idéologie du groupe fut résumée en septembre 2000 dans un document intitulé : Rebuilding America’s Defenses (Reconstruire les Défenses de l’Amérique). Ce document appelait à des « changements révolutionnaires », mais notait que le processus de transformation risquait « d’être long, en l’absence d’un événement catastrophique catalyseur comme un nouveau Pearl Harbor »[17], une référence qui exprimait le souhait d’une guerre.


Dans le même temps (avril à septembre 2000), les studios hollywoodiens tournaient Pearl Harbor, superproduction dont la première eut lieu quatre mois avant le 11 Septembre, sur un porte-avion de l’armée américaine.[18]


Rappelons que les travaux du Project for the New American Century (PNAC), se déroulaient à l’époque des attentats d’Al Qaida contre les Etats-Unis à l’étranger - Arabie saoudite, Kenya, Tanzanie, Yémen - entre 1996 et 2000, précurseurs des attaques du 11 septembre 2001.


Un des auteurs de l’attentat contre l’ambassade américaine au Kenya en 1998 exprimait cette continuité en annonçant les attaques du 11 Septembre :


« Nous avons un plan pour attaquer les Etats-Unis, mais nous ne sommes pas encore prêts. Nous devons vous frapper en plusieurs endroits en dehors du pays de façon à ce que vous ne voyiez pas ce qui se passe à l’intérieur. La grande attaque approche. Vous ne pourrez rien faire pour l’arrêter »[19].


Sur quel savoir étrange se fondait la conviction que les Etats-Unis ne pourraient rien faire pour éviter ces attaques? Le caractère inéluctable de cette « grande attaque » semblait participer de projets plus vastes. C’est ainsi que des membres d’Al Qaida, placés sur écoute par la NSA, exprimaient curieusement le regret que les Etats-Unis n’aient « pas réagi plus fermement » après l’attentat contre le USS Cole (en octobre 2000), et ajoutaient : « nous organisons quelque chose de si énorme que les Etats-Unis devront répondre ».[20]


La réponse fût esquissée dès octobre 2001 par Donald Rumsfeld qui déclarait que le 11 Septembre « offrait des opportunités, comme la Deuxième Guerre mondiale, de refaçonner une grande partie du monde ».[21] Un projet développé par la Stratégie Nationale de Sécurité du président Bush en septembre 2002, selon lequel « les événements du 11 Septembre 2001 ont ouvert de vastes opportunités nouvelles ».[22]


Dans une continuité troublante, Philip Zelikow, un des rédacteurs du rapport de septembre 2000 aspirant à un nouveau Pearl Harbor devint directeur exécutif et un des principaux auteurs du rapport de la Commission du 11 Septembre. Quant au Président Bush, il note dans son journal le soir du 11 septembre: « Le Pearl Harbor du 21e siècle a eu lieu aujourd’hui »[23].

 

[1] 9/11 Commission Report , p. 40 [2] Ibid., p.39 [3] 9/11: Day That Changed the World, Smithsonian Channel, 2011 (documentaire) [4] Témoignage au Congrès du Général Eberhart, octobre 2002 ; et Slate magazine, 16/1/2002 [5] Scott, Peter Dale, La Route vers le nouveau désordre mondial, 2013, p.288. [6] "Aircraft Piracy ( Hijacking) And Destruction Of Derelict Airborne Objects" http://emperors-clothes.com/9-11backups/3610_01a.pdf [7] Greg Gordon, “Dayton: FAA, NORAD hid 9/11 failures”, Minneapolis Star-Tribune, 31/7/2004 [8] Nicolas Levis, “ Senator Dayton : NORAD Lied about 9/11”, www.911Truth.org [9] Commission très proche de l’administration Bush, comme on le verra plus loin. [10] David Ray Griffin, The 9/11 Commission Report, Omissions and Distorsions, 2005, pp. 137-276 [11] Eric Laurent, La Face cachée du pétrole, 2006, p.219-220. [12] Peter Dale Scot, p.264 ; www.judicialwatch.org/printer_irai-oil-maps.shtml [13] Ron Suskind, The Price of Loyalty, 2004 pp. 70-75 [14] "Un pic de tension spectaculaire dans un monde déjà en mutation", Le Monde, 09/09/2011. [15] www.peakoil.net/Publications/Cheney_PeakOil_FCD.pdf [16] PNAC letters sent to President Bill Clinton, January 26, 1998 : www.informationclearinghouse.info/article5527.htm [17] « Censored », San Francisco Bay Guardian, 10/09/2003; le texte complet se trouve sur : www.informationclearinghouse.info/pdf/RebuildingAmericasDefenses.pdf [18] La collaboration entre l’armée américaine et le producteur Jerry Bruckheimer continua après le 11 Septembre par une série sur la campagne en Afghanistan (Frank Rich, The Greatest Story Ever Sold, p. 90) [19] Lawrence Wright, The Looming Tower: Al-Qaeda and the Road to 9/11, 2006, pp. 278-279. [20] The 9/11 Story That Got Away, Alternet, 17/5/2006 [21] Secretary Rumsfeld Interview with the New York Times, 12/10/2001 [22] www.state.gov/documents/organization/63562.pdf [23] Dan Balz and Bob Woodward, “America's Chaotic Road to War Bush's Global Strategy Began to Take Shape in First Frantic Hours After Attack”, Washington Post, 27/1/2002

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