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  • Marc Reisinger

Occupation propalestinienne de l'Université de Bruxelles


Soleil radieux, une trentaine de personnes bronzent, discutent tranquillement, jouent au ballon devant le vieil Institut d’Education Physique de l'Université Libre de Bruxelles (ULB), converti en bâtiment Walid Daqqa (commandant du FPLP emprisonné à vie pour avoir commandité le meurtre d’un soldat israélien enlevé).


À l’intérieur, une Assemblée Générale est en cours. Une centaine de jeunes interviennent un à un, calmement. Le public approuve silencieusement, en tournoyant les mains, comme à l’école maternelle (on brandit le poing si on désapprouve, mais je n’ai vu aucun poing levé). Ils discutent de la demande d’interdiction d’une conférence d’Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël, prévue à l’ULB le 3 juin. Ils sont tous d’accord, ne faisant qu’ajouter, l’un après l’autre, des éléments à charge de Barnavi.


Apparemment il ne suffit pas d’être Israélien de gauche, grand opposant à Netanyahu, signataire de « J Call » pour une solution à deux états. Eux ne veulent qu’un Etat (palestinien, bien sûr) et ils perdent leur calme lorsqu’une fille voilée leur apprend que Barnavi ne veut pas d’un Etat palestinien islamiste dominé par la sharia.


Censure


Mais ne va-t-on pas les accuser de censure ? Impossible, seule une autorité peut exercer une censure. Eux n'en ont pas, ils veulent seulement empêcher leurs adversaires de s'exprimer. Pas question non plus de participer à un débat médiatique. On ne débat pas avec des adversaires, « on n’a rien à leur dire ».


Je ne peux m’empêcher de songer à l’occupation de l’ULB en 1968. Aujourd'hui c'est aussi folklorique, mais beaucoup moins drôle. C’était une Assemblée Libre, où n’importe qui prenait la parole, toutes sortes d’originaux qui passaient par là.


Ces jeunes sont plus disciplinés, homogènes, monotones. Une vingtaine de filles voilées, une dizaine de garçons voilés (du keffieh), quelques chevelures bleues ou oranges, quelques bobos plus âgés (au keffieh Gucci), qui mettent de l’huile sur le feu : «Tout ce que je peux vous dire c'est que Barnavi est une ordure ! » Sinon ça sent la bienveillance absolue, une bienveillance wokiste qui efface ce qui la contrarie, qui empêche de parler sans censurer.


Ils ont mis deux heures à décider, non pas du texte d’un communiqué sur l’interdiction de Barnavi, mais à décider s'ils allaient faire un communiqué. Et quand toutes les mains se lèvent pour approuver, ils les comptent soigneusement. Dans les deux heures qui suivent, ils décideront de la manière de rédiger le communiqué; demain ils le rédigeront, à vingt ou en assemblée générale.


Pouvoir


Les pro-palestiniens illustrent la manière dont les Palestiniens eux-mêmes conçoivent le Pouvoir : ils décident de tout, les droits de l’autre n’existent pas, l’autre n’a pas la parole. Ce sont des agneaux obsédés par la crainte et le désir d’être dominé et de dominer, de parfaits soumis, amoureux de la tyrannie. Et l'ULB se laisse aussi un peu faire.


En sortant je rencontre le fils d’un ami, que j’ai connu gosse. Il veut bien discuter « mais pas ici » (alors que je demande à le rencontrer depuis le 7 octobre). Pourquoi pas ici? Je ne pense pas qu'il cherche à me protéger, j’assume le risque. C'est lui qui a peur qu'on le voie discuter avec un adversaire auquel on n’a rien à dire. Il avoue qu’il tremblait en me voyant dans la salle.


Personne ne discute d’ailleurs de quoi que ce soit. On cherche le papier collant qui a disparu, c’est tout. J’ai aussi la vague impression qu’il sont encadrés par des gens qui discutent entre eux en arabe. Délicieux petits blancs.


PS 1 : Une heure après ma photo, une grande affiche est ajoutée sur le bâtiment : "NO PHOTO"


Mai, mai, mais...

L'occupation d'un bâtiment de l'ULB en mai 1968, quasiment jour pour jour 56 ans plus tôt, mène inévitablement à rapprocher et comparer les deux événements.


Peut-être suis-je nostalgique, mais je suis frappé par quelques différences majeures. L'occupation de 1968 visait à mettre en cause un grand nombre de problèmes, à commencer par l'organisation de l'enseignement, le pouvoir à l'ULB, dans la société, la politique internationale, la guerre au Vietnam...


Tous ces débats n'empêchaient pas une ouverture totale. Les réunions de l'Assemblée Libre, sans doute chaotiques, étaient ouvertes à toute la population. On y voyait des étudiants, des professeurs (le futur prix Nobel de physique François Englert se trouve sur de nombreuses photos), des passants.


Même lorsque des étudiants contestant la contestation se sont réunis à l'auditoire Janson, à 100 mètres de la Faculté de Droit occupée par les contestataires, les deux réunions ne se sont pas terminées par l'affrontement attendu, mais par une fusion des deux assemblées. Au cours des deux mois d'occupation de ce bâtiment de l'ULB, il n'est venu à personne l'idée d'interdire une conférence ou une réunion.


Au contraire, l'occupation actuelle par le mouvement pro-palestinien n'a qu'un unique objectif de politique étrangère, présenté de manière caricaturale (contre "le génocide" à Gaza), les opposants sont chassés à coups de poing et le premier acte de l'Assemblée non pas "libre", mais plus prétentieusement "générale" est de faire interdire un débat sur le conflit israélo-palestinien organisé à l'ULB par des pro-palestiniens pas assez pro-palestiniens au goût des occupants.


PS 2 : Témoignage de mon ami  Eric Picard : "Après avoir réalisé une vidéo, je me suis fait prendre à partie par des occupants de cette maison, qui m’ont traité sur un ton insultant de sioniste, de pedophile et de tueur de 35000 enfants. Iels m’ont également un peu bousculé et beaucoup menacé. Iels voulaient que je leur montre ma carte d’identité et leur donne mon GSM afin qu’iels en vérifie le contenu et en effacent ce qui leur aurait déplu. Je crois n’avoir évité les coups que grâce à la couleur grise de mes cheveux."

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